Au poil les Lusitaniens ?
Football - Le FC Porto, Benfica et même Braga, les clubs portugais trustent le dernier carré de la Ligue Europa. Renouveau du football lusitanien ou simple feu de paille ?
Au palmarès du football moderne les clubs portugais tiennent une place de choix en Europe. Contrairement au récurrent mal-être français, les formations ibériques savent tirer profit de leur championnat intermédiaire. Si les années 90 ont plongé le football lusitanien dans un éphémère anonymat, les dix dernières années marquent le renouveau des enfants d’Eusebio
Au lendemain des détonantes performances des clubs portugais en demi-finales de l’Europa League, l’éclosion d’une nouvelle génération lusitanienne ne fait plus aucun doute. Organisées et talentueuses les équipes portugaises font lever les foules et sont en passe de réussir le virage qu’elles avaient raté au cours des années 90. Pourtant la nouvelle garde prend la suite d’une génération dorée, habituée des récompenses et autres titres honorifiques. Les Figo, Deco, Pauleta, Simao se retirent un par un pour laisser émerger les Pepe, Coentrao, Raul Meireles, guidés par l’idole de Lisbonne C.Ronaldo. Symbole de cette hégémonie de la péninsule ibérique : l’année 2004. Celle du titre de vice-champion d’Europe, mais surtout de la victoire en Ligue des Champions de Porto (3-0 contre Monaco). La coupe aux grandes oreilles, un après la coupe de l’UEFA et un doublé inédit pour un jeune et prometteur entraîneur au caractère bien trempé : José Mourinho. Une nouvelle génération d’entraîneurs Depuis, The Special One a fait des émules et selon Daniel Ribeiro, journaliste de l’Expresso qui se confiait il y a peu dans l’Equipe : « Porto dispose d’un très bon entraîneur au fonctionnement strict et très discipliné ». Un meneur audacieux, disciple de Mourihno, André Villas Boas, qui propose toutefois comme Domingos Paciência, entraîneur de Braga, un jeu plus ouvert et plaisant que la formule de Mourinho au Real ou à l’Inter. Deux entraîneurs charismatiques et fin tacticiens. D’ailleurs pour l’anecdote, joueur, Paciencia était l’idole de Villas Boas. Le jeune coach de Porto est pressenti comme un futur grand entraîneur et déjà approché par les plus grands (Liverpool). A 33 ans, celui qui débuta comme statisticien en chef de Sir Bobby Robson, vient de décrocher le titre avec Porto pour sa deuxième saison sur les bancs de Superligua -19 points d’avance sur le 2e, Benfica !-. Un jeu de qualité et esthétique basé sur les préceptes de son mentor. Un 4-3-3 solide et vivace sur les ailes, magnifié par une pointe réaliste et hors-norme (Falcao, Hulk). A Braga, Domingos Paciência fait figure d’homme providentiel. Vice-champion du Portugal pour sa première saison, l’ancien attaquant international (35 sélections, 9 buts) crée un jeu alléchant similaire à Porto. Cette année son équipe se qualifie pour les phases de poule de la Ligue des Champions pour la première fois, avant de jouer les troubles fêtes en Europa League (demi-finale face à Benfica -1/2 à l’aller-). Une belle équipe construite grâce à un travail de recrutement en amont performant.
Un réservoir de joueurs
Car les cellules de recrutement portugaises sont certainement les meilleures d’Europe. Beaucoup de passerelles existent avec le continent sud-américain. L’adaptation des joueurs dans un championnat moins long (16 journées) n’apparaît pas être un obstacle. Quant à la formation, elle est efficace et complète, d’où la profusion de candidats à la Seleção. L’amour des couleurs et l’esprit club subsistent. Une tendance dont le Sporting Lisbonne version 2005 (finaliste coupe de l’UEFA contre le CSKA Moscou 1-3) est représentatif : un Nigérian et un Brésilien pour neuf Portugais, et une confirmation de la culture européenne d’un pays maintes fois plus récompensé que la France (6 victoires contre deux). D’autres comme Benfica mise sur les Argentins avec succès. Saviola retrouve une seconde jeunesse à Benfica alors que David Luiz (Chelsea) ou Di Maria (Real Madrid) y éclatent au grand jour. Locomotives d’un championnat où Braga est l’outsider du moment, Benfica et Porto, meilleurs recruteurs d’Europe et coutumiers de la plus-value (Aly Cissokho acheté 300 000 euros et revendu 18 millions à Lyon), assurent le renouvellement des cadres voire l’améliorent : Lisandro ou Lucho autrefois, Falcao -meilleur buteur d’Europa League, 15 buts !- et Hulk -meilleur buteur du championnat- aujourd’hui. Daniel Ribeiro est affirmatif : « Porto a une grande capacité d’organisation et de recrutement, c’est une équipe surprenante, presque secrète. Ils vont gagner la Ligue Europa cette année, c’est presque sur ! » Des propos visionnaires au vue de la correction infligée en une mi-temps au sous-marin jaune de Villareal (quadruplé de Falcao).
Le tableau noir
En attendant ce sacre annoncé, le Portugal grimpe au classement UEFA et vient d’obtenir un ticket supplémentaire pour la Ligue des Champions l’an prochain. C’est financièrement que des limites apparaissent. Comment gérer sur le long terme cette euphorie retrouvée ? Les grosses écuries ibériques recrutent rarement ’’cash’’. Les contrats ont toujours une clause quant à une ’’période d’essai’’, évitant de débourser l’intégralité des fonds directement. Tous ces espoirs étrangers n’ont que peu de temps pour faire leurs preuves et barrent souvent des jeunes des centres de formation (seulement trois titulaires Portugais à Porto cette saison). Un problème de riches que l’Angleterre a connu la dernière décennie au détriment de son équipe nationale et dont elle peine à se relever. Parallèlement la compétitivité d’un championnat aux abois financièrement attise les craintes. Les somptueux stades construits pour l’Euro 2004 n’ont parfois plus de clubs résidents, certains clubs mettent la clé sous la porte ou sont menacés (Boavista). Pire, des clubs qualifiés en Europa League pourraient renoncer manque de moyens (Beira-Mar). Enfin, le football portugais n’est pas épargné par la violence comme tous les stades d’Europe. Le tempérament latin associé à la loyauté de chaque supporter envers ses couleurs, font parfois des ravages ces derniers temps (bus caillassés, agressions...) Le système des socios dans un contexte de crise économique aussi délicat pour eux que leurs clubs pourraient-ils accélérer la gangrène ?
Thomas MICHEL



