Benjamin Landier : "le secret : l’entrainement et la force mentale"
Ex-triathlète de niveau international, Benjamin Landier s’est reconvertit dans le cyclisme handisport avec succès. Itinéraire d’un sportif entre courage et détermination.
Benjamin, parlez-nous de votre carrière de triathlète. Peut-on parler de cursus hors du commun ?
On peut dire cela, oui. Il ya peine plus trois ans, j’étais triathlète, habitué des "longues distances". J’avais un assez bon niveau. A l’époque, j’étais licencié à l’Olympic Nice Natation. J’étais en pleine progression. À Embrun, j’ai fini 8e et premier Azuréen, j’ai fait deux fois 13e à Nice. Mon objectif était de rentrer dans le Top 10 du prochain triathlon de Nice. A 34 ans, je peux dire que j’avais encore toute ma carrière devant moi. J’ai participé à quelques iron man (Nice, Hawaii…). J’avais donc les ambitions normales d’un sportif qui obtient de bons résultats à un niveau international.
Et puis le 21 janvier 2008, un accident de moto vous brise dans votre élan.
(long silence)… Le pire, c’est que c’était un accident tout bête comme il en survient tous les jours. J’étais sur la route entre Tourrette-Levens et Saint-André-de-la-Roche. Je conduisais prudemment. J’entamais une série de virages quand j’ai aperçu un autre motard en face, mais trop à gauche. Le choc était inévitable. Résultat : mon pied a été complètement broyé. A l’hôpital, en février 2009, on m’annonce qu’on doit m’amputer de plus de la moitié du pied gauche. La longue période qui a suivi a été un enfer, très douloureuse autant physiquement que psychologiquement. Ma convalescence a duré plus d’un an.
Comment s’est passé cette transition entre le triathlon et le cyclisme handisport ?
Finalement, j’ai pris cet accident comme un nouveau départ. Progressivement, j’ai repris le sport. Dans un premier temps, je faisais beaucoup de vélo sur un home trainer. Et comme j’obtenais déjà de très belles performances dans ce domaine, je me suis dit "pourquoi pas ?" Avec un bon entrainement et beaucoup de force mentale, en juin 2009, j’ai fini deuxième du championnat de France du contre-la-montre handisport. J’ai donc continué dans cette discipline, et l’année suivante, j’ai remporté le titre national. Aujourd’hui, je suis dans le top 15 au classement UCI en cyclisme handisport et je suis le premier Français. D’ailleurs, la semaine dernière, j’ai représenté la France en poursuite et au kilomètre aux championnats du monde de cyclisme sur piste handisport à Montichiari (en Italie).
Justement, comment avez-vous vécu ces Mondiaux transalpins ?
J’ai terminé la compétition avec une 14e place en poursuite et une 16e place au kilomètre. C’est vraiment dommage, car je me suis très bien entrainé et que je suis en forme. La faute tout simplement à un manque d’expérience. Je me suis préparé sur la piste d’Hyères qui est en extérieur donc beaucoup moins rapide. Le fait est que pour la course, il aurait fallu conjuguer la forme à un braquet plus important. Je me suis retrouvé à trop mouliner. Comme si, quand vous roulez en voiture, il vous manquait la cinquième vitesse sur autoroute. Mais j’ai toute l’année pour réaliser de meilleurs temps en prenant de l’expérience sur les courses "valides" sur piste dans mon objectif, Londres 2012. Heureusement, mon entourage me supporte et m’aide (surtout mon épouse, Audrey) depuis que tout ceci n’était que des rêves lointains. Je leur dois mes résultats rapides et je les en remercie. Mais cela ne suffit pas. J’ai vu cette semaine où se situe la barre. Maintenant, je sais comment l’atteindre et surtout la passer.
Nicolas Mison



