Consultant : un El Dorado pour sportifs à la retraite ?
Le grand public confond souvent les rôles de journaliste et de consultant. Pourtant, ils ont des fonctions très différentes. Et c’est leur complémentarité qui est censé apporter au public.
Depuis plusieurs années, les consultants se sont multipliés dans la presse française. Particulièrement sur les antennes du Groupe Canal, le premier média à systématiser ce procédé pour ses commentaires. Une caractéristique à la base du succès de la chaîne.
Groupe Canal. Le média audiovisuel de référence pour les amateurs de sport. Et plus particulièrement en football. Depuis toujours, la chaîne s’est appuyée sur les consultants pour construire cette image de chaîne analyste et à la pointe dans le domaine. Elle compte aujourd’hui plus de 70 anciens sportifs dans ses rangs. Pour Sébastien Dupuis, journaliste à la rédaction des sports de la chaîne cryptée et ancien étudiant de l’EDJ, cette politique de consulting « a fait de Canal ce qu’elle est aujourd’hui en sport ».
Il explique : « A sa création, Canal Plus a eu la volonté de faire du foot autrement. Et cela passait par un côté très analyse, plus technique. Une valeur ajoutée que les consultants ont apporté. Et qui l’a transformée en chaîne des spécialistes ». Les consultants seraient un éclairage pour le spectateur. Une vision du jeu qu’un non pratiquant ne pourrait pas apporter.
Une réelle plus-value
Le journaliste de Canal poursuit : « Il y a des choses qu’on ne peut pas savoir quand on n’a pas pratiqué le football à un certain niveau. Ces anciens professionnels vont tout de suite voir ce que nous mettons plusieurs minutes à comprendre ». Une capacité de décrypter le jeu en temps réel qui met à l’aise le journaliste et lui donne la possibilité de servir plus d’informations aux téléspectateurs.
« C’est évident que cela nous permet de rebondir, affirme Dupuis. Cela nous ouvre des portes que l’on n’aurait pas vues sans eux. » Un plus pour les journalistes. Mais pas seulement. « Le consultant permet de se mettre à la place du joueur. Il rend accessible ce qui nous paraît inaccessible en nous plaçant dans la tête d’un footballeur professionnel. Il humanise le football. »
Un phénomène parfois contesté
Le consultant apporterait donc aux téléspectateurs comme aux journalistes une plus-value indéniable. Pourtant, certains membres de la presse ont décrié ce phénomène, estimant que ces sportifs « volaient » la place à des professionnels. Des propos qui font bondir Sébastien Dupuis. « Dire cela, c’est de la bêtise au plus haut degré. Le consultant a besoin du journaliste pour exister. C’est un véritable duo où chacun est à sa place. Et où personne ne vole le poste de l’autre puisque les rôles sont différents ».
Ce Toulousain d’origine revient sur cette répartition des tâches. « Le journaliste décrit et le consultant explique. Il donne une expertise de l’action. Mon rôle, c’est aussi de faire briller le consultant. Les rencontres sont bien commentées si les consultants brillent. » Le rôle du commentateur serait donc de s’effacer pour laisser la place à l’analyste. Une vision qui peut paraître ingrat de prime abord.
Une piste de reconversion évidente
Sauf que… « Quand on sort d’un match avec un consultant, on a la sensation d’avoir été complet pour le téléspectateur ». Sans oublier le côté humain. Sébastien Dupuis insiste sur ce point : « Je suis un passionné de football. Mais ma connaissance de ce sport était plutôt intellectuelle. Travailler avec autant d’anciens pro m’a permis de donner une nouvelle corde à mon arc : le ressenti. J’arrive à voir l’action dans sa globalité et plus seulement les trois derniers gestes, comme c’est le cas pour la majorité des gens. Et c’est génial d’avoir cette faculté ». Autant de points qui font que les consultants sont de plus en plus nombreux. Et que chaque chaîne s’octroie les services de sportifs à la retraite.
Serait-ce l’El Dorado pour tous ces anciens champions en mal de reconversion ? « Je pense que ça l’a été mais aujourd’hui, c’est moins le cas à Canal, tempère Dupuis. Nous avons une politique de qualité. Nous avons beaucoup de consultants mais ils ont de vraies compétences. A un moment, cela pouvait ressembler à une maison de retraite pour champion. Certains étaient sélectionnés pour leur palmarès plus que pour leurs compétences. Aujourd’hui, ce n’est pas un El Dorado. Même si cela reste une porte de sortie évidente. » Les sportifs ont donc bien de l’avenir dans la presse sportive. Car une de leurs forces, c’est aussi leur image et leur capital sympathie. Les consultants ont donc encore de beaux jours devant eux.
Jean-Baptiste Esculié



