« Je t’aime moi non plus »
Les attaques verbales et les menaces proférées dimanche par Samuel Eto’o à l’encontre d’un journaliste de la chaîne Equinoxe mettent au devant de la scène les relations parfois ambiguës entre journalistes et footballeurs. Pressions grandissantes, impertinences, prétentions, quiproquos, sans oublier stratégies, rares sont les saisons sans dérapages entre footballeurs et médias
Le Camerounais Samuel Eto’o s’est illustré par sa bêtise ce week-end en conférence de presse après une nouvelle défaite face au Sénégal. Le lion indomptable a sauté sans vergogne à la gorge d’un journaliste de la chaîne Equinoxe quelque peu pessimiste pour la suite des qualifications -3e de son groupe de qualification pour la prochaine CAN, le Cameroun n’est plus maître de son destin- : « Je parlerai à votre patron d’Equinoxe parce que vous ne méritez pas de travailler pour cette merveilleuse chaîne... Des gens comme vous, vous ne méritez pas d’exister ! » a-t-il lancé, avant de justifier cette tirade humiliante par un palmarès qui n’a d’égal que son « melon ». Sur le fond, l’agacement et la frustration de l’Intériste sont compréhensibles mais ne justifient en rien une telle réaction belliqueuse. Surtout, l’attaquant brandit la menace et fait voler en éclats les barrières de l’indépendance. En Afrique ou ailleurs, les prises de bec interposées ou directes sont monnaie courante, bafouant l’éthique et la déontologie joueurs et analystes se rendent coup pour coup. Il y a peu, Vincent Duluc (L’Equipe) est alpagué à l’issue d’un déplacement à Arles par le président de l’Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas : « Ce que vous faîtes est inadmissible...ce qui est dans l’Equipe est faux sur toute la ligne...il y a un manque d’éthique...je trouve le procédé lâche et inique ». Encore une fois des propos virulents mais en toile de fond une stratégie récurrente d’Aulas, véritable fusible de son groupe. Certaines joutes verbales sont aussi entrées dans l’histoire par leur côté folklorique, ainsi de la maestria d’un Trapattoni alors au Bayern Munich (1998) ou la théâtrale déclaration de Cantona en 1995. Tout juste sorti de la tourmente -après avoir frappé un supporter de Crystal Palace- il provoque la presse avec talent et esprit : « Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est parce qu’elles pensent que des sardines seront jetées à la mer. » Phrase abracadabrantesque devenue culte.
Une cohabitation pittoresque
Parfois la lisibilité des échanges est bien plus opaque. En première ligne Raymond Domenech. Au pied du mur il opte rapidement pour la provocation au risque de tomber dans l’impopularité et attiser les haines. Pris dans la tenaille du rendement à tout prix, l’accusé ne peut alors pas se retourner contre ses détracteurs, sans arguments de poids à mettre dans la balance. Si Domenech en a fait l’expérience à ses dépens, Aimé Jacquet en a livré l’exemple référence en juillet 1998. Victime d’une campagne médiatique à charge et virulente, « Mémé » fait dos rond avant de lâcher coupe du monde en main : « Je ne pardonnerai jamais ! » La cible ? Des journalistes impertinents et manifestement étrangers à la vérité du sport. Qui ne se souvient pas cette même année d’un Christophe Dugarry, rageur et langue pendante en direction de la tribune de presse, après son but en ouverture de la coupe du monde ? Un pied de nez jouissif pour l’attaquant tricolore après des mois de railleries médiatiques et un symbole des tensions entre acteurs et spectateurs. Quelques années plus tard, le champion du monde ne semble pourtant pas avoir vendu son âme au diable en changeant d’équipe pour appuyer les journalistes de différentes rédactions sportives. Et il n’est pas le dernier à avoir la dent dure. « Avec le temps va, tout s’en va... »
Thomas MICHEL



