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L’Equipe se la joue perso

Billet - En dépit de sa force de frappe, les choix éditoriaux de L’Equipe sont parfois contestables. Mise au point.

Lundi 14 mars 2011. Une de L’Equipe : « Apres le choc de la défaite française, Marc Lièvremont a sévèrement critiqué ses joueurs. A quelques mois de la Coupe du monde, la question de son maintien se pose. » Le quotidien sportif soulève une question d’actualité. Comme bien souvent. Le problème : L’Equipe en pose trop ! Et trop souvent à sens unique. Celui de ses intérêts. Et nombreuses sont les accusations, mises en causes et autres décrédibilisasions à mettre à l’actif du titre.

Certaines sont de notoriété publique (années Jacquet, affaire Knyssa) et d’autres passent plus facilement inaperçues. La Une – nauséabonde – du 19 août 2008 après la médaille d’argent au 3000 mètres steeple des JO de Pékin de Mahiedine Mekhissi-Benabbad (elle jetait sans ambigüité le discrédit sur la performance du Français mettant en avant l’explication du dopage avec le titre – très inspiré – « Questions d’argent » du journaliste Nicolas Herbelot) en est l’exemple parfait. Résultat ? Le Parisien et Le Monde s’engouffraient dans la brèche.

Le journal phare du groupe Amaury est coutumier du fait. Coutumier de ce clientélisme éditorial. Coutumier de ces effets d’annonces sans fondements. Le point ayant été atteint cet été à l’occasion de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud. Alors comment expliquer – et surtout excuser – ces dérives de la part de la « Bible » du journalisme sportif en France ?

Machine à vendre ou outil informatif ?

« L’Equipe reste une entreprise. Le journal doit être lu et pour cela il faut intéresser le lecteur. Et si la majorité du lectorat s’attend à trouver du football dans notre journal, il faut les satisfaire. Plusieurs études montrent que seulement 5% de nos lecteurs s’intéressent au volley-ball. Donc nos pages volley sont à l’image de ce ratio », répond François Morinière, le directeur général du groupe L’Equipe, à la question « pourquoi y-a-t-il si peu de volley dans L’Equipe ? ».

Il faut donc comprendre que l’impératif de vente a pris le pas sur l’impératif éthique. La sincérité et l’intégrité ont été reléguées en seconde division. L’Equipe est devenu une machine à vendre plutôt qu’un outil informatif. Mais comment occulter l’idée même qu’une entreprise de presse demeure une société commerciale qui se bat au jour le jour pour survivre ? D’autant plus que la presse écrite connaît une situation d’une rare complexité.

Là où le bât blesse : L’Equipe est l’unique quotidien multisport à avoir pignon sur rue. Le journal est en situation de quasi-monopole. Une spécificité propre à la France. Et lorsqu’un adversaire s’aventure à jouer sur le même terrain (Le 10 sport), le groupe Amaury monte instantanément au créneau pour annihiler toute forme de concurrence. L’Equipe est seule et souhaite le rester. -Alors peut-être qu’une certaine forme de concurrence permettrait d’assainir la situation. Peut-être. Mais ne nous voilons pas la face. L’Equipe reste LA référence du genre avec une énorme force de frappe journalistique. Aussi peut-être que la solution viendra de L’Equipe même. Avec de jeunes journalistes. Prêts à se brûler les ailes en tentant de changer les choses. De l’intérieur.

Alexandre FERRET