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« L’horreur a recommencé »

Portrait d’une famille tchétchène expulsée hier du squat de Nice.

Des cernes sous les yeux, le teint blafard : Marjane est à bout de force. A 6 heures, hier matin, sa famille a dû quitter le squat de l’Avenue Clémenceau qu’elle occupait depuis début novembre. Dans un français approximatif, son fils de 15 ans Yakoub décrit : « Ma mère avait peur. Nous avions tous peur en fait. Personne n’a été maltraité mais ils sont venus très nombreux, armés, avec des casques. Ca nous faisait penser aux milices en Tchétchénie. »

Marjane et ses deux enfants sont demandeurs d’asile en Pologne. Ils ont cherché à fuir leur pays à cause de la violence de la guerre. Yakoub joue l’interprète pour sa mère : « Je suis partie pour sauver ma vie et ma famille. » confie-t-elle. Les souvenirs de Pologne semblent douloureux. Marjane est fébrile, son fils fait preuve, lui, d’une grande maturité. Il raconte : « Les Polonais étaient agressifs envers nous, les tchétchènes. On était parqués. Chaque semaine, des skinhead venaient nous rendre visite. Il fallait partir. » Marjane fonde alors beaucoup d’espoir sur sa venue en France.

Quand ils sont arrivés, il y a un an et demi, la préfecture des Alpes Maritimes les a d’abord logés, comme le préconise la loi. Mais au bout de quelques semaines, on leur a demandé de partir. « L’horreur a recommencé. Nous avons vécu six mois dans la rue. » Les mots sortent de plus en plus difficilement et laissent place aux larmes. « C’est dur de l’avouer, j’ai dû fouiller dans les déchets alimentaires pour trouver à manger. » La décision de la justice lui est insupportable. « Tout ce que j’aimerais, c’est que ça s’arrête. Je voudrais un toit et pouvoir travailler. »

Julie Caron

Crédit Photo : Julie Caron

Post-Scriptum

Squatteurs sous pression

Les associations dénoncent le harcèlement moral exercé par les autorités publiques envers les demandeurs d’asile. Contrôles réguliers, visites à des heures impromptues. Cette pression provoque la colère de David, l’un des bénévoles actifs du squat : « Toutes les interventions sont faites pour que les familles quittent la ville » Mais il semblerait que ces efforts soient vains. Depuis que la justice s’est emparée de l’affaire, seule une famille, sur les quinze présentes, a regagné sa terre d’asile, la Pologne.