La peur de « l’Enfer »
Une nouvelle fois, Paris-Roubaix promet d’être un calvaire pour ses participants. Une épreuve tant redoutée qu’elle fait fuir les favoris du Tour.
Une semaine après le Tour des Flandres, place à Paris-Roubaix. « L’Enfer du nord », comme on la surnomme, fait peur. A tel point qu’elle est devenue une épreuve de spécialistes. Et qu’aucun cador du Tour de France ne soit aligné au départ.
Paris-Roubaix. « L’Enfer du Nord ». Jamais une épreuve n’aura tant mérité son nom. Car les 258 km qui séparent Compiègne du vélodrome de Roubaix ne cessent d’user le physique et le mental des courageux qui s’y risquent. Et ce depuis plus de cent ans. Le pire, c’est que l’épreuve est ingrate. On a beau l’aimer, elle reste impitoyable. Combien de cyclistes ont laissé leur clavicule sur les pavés en tentant d’apprivoiser la bête. A l’image de George Hincapie en 2006. L’Américain prendra dimanche le départ de la compétition pour la dernière fois. Et comme, tous les coureurs, il l’aborde la peur au ventre. Car tous savent que le danger est partout sur les sentiers du Nord.
D’ailleurs, conséquence directe, aucun favori du Tour de France ne se risque à prendre le départ. Ni les frères Schleck, ni Vinokourov, ni Contador…même si pour l’Espagnol, sa présence n’était pas réellement souhaitée vu le climat de suspicion qui l’entoure. Mais le fait est qu’aucun d’eux ne veut mettre en péril ses objectifs estivaux pour la gloire. Une logique qui régit les pelotons depuis la fin des années 90. Et qui désole le quintuple vainqueur du Tour, Bernard Hinault.
Paris-Roubaix, « une belle connerie »
Pour le « Blaireau », les cadors de la Grande Boucle devraient honorer ce monument du cyclisme mondial. C’est ce que lui a fait. Malgré un véritable dégoût pour cette course, il y a participé à quatre reprises. Et l’a remporté une fois. C’était en 1981. Lâchant même à l’arrivée une de ces phrases dont il a le secret : « C’est une belle connerie ». Car même le grand Hinault craignait cette épreuve. Mais aujourd’hui, ce succès a d’autant plus d’importance pour lui. Car c’est à la mesure de l’adversaire qu’on réalise la beauté de la victoire.
Et c’est avec cette idée en tête que bon nombre de coureurs prennent le départ de la « Reine des classiques ». Au panthéon de ses courageux, on peut citer Johan Museeuw, Gilbert Duclos-Lassalle ou encore Marc Madiot. Aujourd’hui, les acrobates favoris des pavés se nomment Cancellara, Boonen ou encore le champion du monde Thor Hushovd. Côté français, on attend impatiemment un successeur à Frédéric Guesdon, vainqueur en 1997. Le coureur de la FDJ, un autre amoureux de Paris-Roubaix qui s’alignera lui aussi pour la dernière fois au départ de l’épreuve. Une entrée en vainqueur sur le mythique vélodrome. Quoi de mieux comme sortie…
Jean-Baptiste Esculié



