La vitesse à la pointe de l’épée
Champion Olympique de fleuret par équipe en 2000, Jean-Noël Ferrari est désormais entraîneur à l’OGC Nice escrime.
Première question qui semble inévitable pour les non-initiés ; qu’est-ce que le fleuret ?
Il s’agit d’une variante de l’escrime. Mais la principale caractéristique du fleuret est la forme de l’épée. Elle a un bout carré par rapport aux autre armes qui sont en pointe. Les touches ne sont pas les mêmes non plus. Au fleuret, on cherche davantage à viser la partie haute du corps, tout le tronc si vous préférez. C’est la seule arme qui a toujours été dédiée aux sports de combat, sans jamais servir pour les armées de l’époque.
Pourquoi avoir choisi cette arme ?
C’est, en général, avec le fleuret que l’on débute l’escrime. Mais paradoxalement c’est certainement l’arme la plus difficile à manier. La pratique du fleuret est encadrée par toute une série de codes bien spécifiques qu’il serait trop long à expliquer. Chaque attaque est suivie de nombreuses figures ou parades qu’il faut maîtriser et sur lesquelles les juges se basent pour nous noter. Le fleuret requiert une grande technique et je crois que c’est ce côté qui m’attirait.
Comment en êtes-vous arrivé à l’escrime au lieu de suivre la meute sur des sports plus populaires ?
Je crois me rappeler que l’escrime était censée calmer mon hyperactivité. Ce sport nécessite une grande concentration et une immense application. J’ai donc commencé très jeune, aux alentours de sept ou huit ans, et je n’ai plus jamais quitté cette discipline. Je pense même m’être assez bien débrouillé !
Justement vous avez gagné de nombreux titres. Quel a été le plus beau ?
Tous les titres sont beaux, n’importe quel sportif vous le dira. Le premier laisse un très bon souvenir (champion d’Europe par équipe en 1998 à La Chaux-de-Fond en Suisse). Mais le titre de champion Olympique à Sydney est certainement le plus marquant car la compétition en elle-même est magnifique. C’est celle que tout sportif rêve de jouer.
Comment expliquez-vous cette réussite seulement en équipe ?
Il est vrai que c’est paradoxal de réussir en équipe dans un sport dit « individuel ». Je pense que la dimension collective donne un certain charme à la compétition. On est tous obligé de recentrer nos priorités sur le groupe de quatre que nous formons et combattre en prenant en compte les points forts et les points faibles de chacun. La compétition n’en est que plus belle.
Pourquoi avoir choisi la reconversion en tant qu’entraîneur ?
Je suis né à Nice. J’y ai été formé. J’avais donc à cœur de rendre ce que l’on m’avait donné. C’est une phrase qui revient souvent, mais c’est qu’il y a peut être une raison à cela. Mon rôle ici est de détecter les jeunes qui sont bons et ensuite de les entraîner tactiquement, techniquement, mentalement et physiquement. Ensuite il s’agit de les accompagner au mieux sur les compétitions.
En quoi votre expérience les aident-ils ?
Je connais bien toutes les ficelles de ce milieu. Je sais très bien comment ça se passe. Je sais aussi dans quel état mental peuvent être les jeunes en abordant les compétitions. En tant qu’ancien champion j’ai la chance d’avoir beaucoup d’expérience là-dessus. C’est donc plus réconfortant, je suppose, de suivre les conseils.
Que pensez-vous de la faible exposition médiatique de l’escrime ?
Bien qu’il s’agisse d’un très beau sport, l’escrime, et ses variantes (épée, fleuret et sabre) n’ont jamais vraiment la préférence du public. Pourtant les gens ne savent pas tout le temps que le français a longtemps été la langue officielle dans ce sport. Techniquement, même si la pratique est très pointue, elle souffre d’un manque de lisibilité pour le spectateur. Il faut être un public averti pour en comprendre toutes les subtilités. Mais il est vrai que c’est un sport que l’on retrouve uniquement lors des Olympiades, tous les quatre ans. Ca fait peu !
Et quelle est la situation à l’OGC Nice Escrime ?
Plutôt positive. On ne se plaint pas. La ville nous a trouvé et rénové cette salle au sein du stade du Ray et les inscriptions ont augmenté de 70%. Certains disent que cela est dû à ma notoriété. Honnêtement je n’en sais rien et je ne cours pas après cela. En tout je suis ravi si cela a aidé les jeunes à découvrir ce sport magnifique. En plus les résultats semblent suivre avec deux titres de champions de France et les premières sélections continentales et mondiales. Alors même s’il semble encore y avoir du travail, l’avenir semble s’éclaircir et on ne va pas bouder notre plaisir !
Propos recueillis par Anthony Verpillon.




