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Le gardien du temple

Jacques Vendroux, directeur délégué des sports du groupe Radio France a accepté de devenir Parrain de la promotion sport 2011 àl’EDJ. Retour sur son parcours exceptionnel.

« J’ai toujours rêvé de devenir journaliste sportif ». C’est en ces quelques mots que Jacques Vendroux entre dans une interview le concernant. Manque d’originalité, pas très intéressant penseront certains, bien au contraire. Celui qui est aussi le petit-neveu du Général de Gaulle est riche d’une expérience exceptionnelle, que seuls deux ou trois monuments du journalisme peuvent partager. Citons alors Thierry Rolland, Robert Chapatte et Roger Couderc, ses parrains dès son entrée dans le métier en 1966. Parrains de choix, parrains de luxe. De ses trois « aînés », Jacques Vendroux retiendra un conseil primordial, qui le suit encore aujourd’hui : « pour durer dans ce métier il y’a deux secrets : travailler sérieusement, sans jamais ne se prendre au sérieux. Le faire serait signer son arrêt de mort. » Force est de constater qu’ils n’avaient pas tort. Jacques Vendroux est toujours derrière le micro 45 ans après !

« JE VOULAIS DEVENIR LE MEILLEUR GARDIEN DEBUT DU MONDE »

Cela dit une rectification s’impose. Le journalisme n’a pas eu sa préférence tout de suite. Non, lui ce qu’il voulait c’était devenir le meilleur gardien du monde. Inspiré à l’époque par François Remetter (gardien de l’équipe de France de football dans les années 50), Lev Yachine, mais aussi Marcel Aubour le gardien de but de l’OL au début des années 60 quand le jeune Jacques évoluait dans les équipes de jeune du club lyonnais. « À cinq ou six ans je voyais Calais jouer et cela me faisait rêver, puis à Lyon c’était la même chose. Je m’inspirais des gardiens de l’équipe première de Lyon et Calais. C’était mon fantasme. Mais j’avais un gros problème, je ne voulais pas m’entraîner. Cela me cassait les pieds ! ». La carrière de footballeur professionnel oubliée, le Calaisien digéra rapidement ce mini-échec pour se consacrer au journalisme…sportif évidemment. Comment pouvait-il en être autrement pour ce fou de foot ? C’est donc à 18 ans, un âge où l’on était pas encore majeur dans les sixtees que Jacques Vendroux décida du chemin qui guiderait sa vie. Devenir commentateur sportif. Il convoque son père, le met dans la confidence, lui demandant comment l’aider à y parvenir. Jacques Vendroux entre donc à l’ORTF - seule chaîne française à l’époque - sous les ordres de Raymond Marcillac, pionnier du journalisme sportif dans l’hexagone. Il y côtoie « les deux Michel », Denisot et Drucker, en passe de devenir des monuments aussi indétrônables que lui. La télé avant d’opter pour la radio et la beauté de son stress : « J’étais le seul fou à vouloir faire le trajet dans ce sens à l’époque » se souvient-il.

UNE CARRIERE ESTAMPILLEE RADIO FRANCE

Du gardien de but, Jacques Vendroux en gardera le sérieux, la vision du jeu, bondissant sur tous les angles, tous les sujets sans jamais baissé sa vigilance. Et rien ne l’illustre mieux que son parcours professionnel riche, malgré son enracinement dans la maison Radio France. Stagiaire à France Inter de 1968 à 1970, entrecoupé d’un bref passage à RFO Guyanne, Jacques Vendroux se forme, évolue, fait son trou dans le métier. Une évolution linéaire et bien menée qui le verra passer du statut de rédacteur à journaliste spécialisé, grand reporter puis chef adjoint du service sport de France Inter en octobre 1988. L’année 1988 constitue aussi l’une des premières consécrations. Succédant à Pierre Loctin, il prend les rênes du plus vieux multiplex de l’histoire du foot français l’Interfootball (créé en 1972). Jacques Vendroux aura une seule occasion de chauffer les gants avec les pros. Lors d’un improbable entraînement avec les Verts de Saint-Etienne, le lendemain de la qualification pour la finale de la Coupe des clubs champions 1976. Il profite de la blessure du gardien remplaçant, Esad Dugalic, pour demander à Robert Herbin de lui faire cette fleur : s’entraîner face à Ivan Curkovic devant 4000 personnes venues remercier leurs héros. Après avoir gardé ses cages sur les terrains de football, Jacques Vendroux devient gardien du temple de France Inter en 1996, avec sa promotion au poste de rédacteur en chef du service des sports (après un passage d’une année à Canal+ entre 1992 et 1993). La dernière marche sera gravée en janvier 2002 en remplaçant Jean-Marie Cavada au poste suprême de Directeur délégué des sports du groupe Radio France. Du journalisme, Jacques Vendroux n’en a que des bons souvenirs…ou presque. Marié à ce métier, il a tout connu. Le meilleur comme le pire. Notamment ce soir de mai 1992 où il se trouve dans cette maudite tribune qui s’écroula. Emportant avec elle 18 âmes. Le pire souvenir de sa vie, qui vient et revient sans cesse dans son esprit. S’en suivra un an d’hospitalisation. Putain de tribune !

UN HOMME AU MILLES ACTIVITES

Mais de tous les attributs du gardien, Jacques Vendroux a certainement gardé la folie. Le poussant à s’engager dans mille directions sans perdre son idée directrice la générosité et l’efficacité. C’est ainsi que voit le jour le Variété Football Club, sous son impulsion en 1971, qui se propose de venir en aide aux « sportifs qui ont été dans la merde à un moment donné » (blessures, chômage). Le Variété Club de France fêtera prochainement ses 40 ans d’existence, se reformant encore tous les dimanches. Mais Jacques Vendroux fut également membre du Racing Club de France vingt années durant (1978-1998), du conseil d’administration de l’association « Action Michel Platini » (de 1990 à 2004) et est toujours membre du comité directeur du CRUFC (le Calais Racing Union Football Club).

Croulant sous les récompenses plus que sous le poids des années, Jacques Vendroux se définit lui-même comme « un journaliste sportif qui aime son métier, passionné par celui-ci et qui regrette d’avoir déjà 63 ans. » Sa réputation le précède, ses distinctions aussi, de chevalier des Arts et des Lettres à celui de l’Ordre national du Mérite en passant par le Prix spécial des Micros d’Or USJSF (pour la création de 98’ Radio France durant le Mondial en France), puis le traditionnel Chevalier de la Légion d’Honneur décernée le 31/12/2003. La retraite n’a donc pas encore sonné. L’horizon le portera jusqu’à la Coupe du Monde 2014 qu’il aimerait suivre au Brésil. « Après on verra ». En attendant il nous passera le relais le 25 juin prochain. À nous ensuite de poursuivre la course…

Anthony VERPILLON