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Un espace culturel très « échangiste »

À Nice, le peintre Ben dévoile son complexe dédié à l’art

Il est onze heures, 2 rue Vernier à Nice. Un utilitaire se gare en double file sans mettre de warning. « Allez on s’active un peu, il faut débarrasser tout ça ! » À 75 ans, l’emblématique Benjamin Vautier, plus connu sous le nom de Ben, reste un homme pressé. Samedi, à partir de 18h33, l’artiste niçois inaugure son « Espace à débattre », en lieu et place d’un ancien club échangiste. « Cette anecdote me fait sourire. Ici, la jouissance sera artistique », se gausse-t-il, avant de poser quelques-unes de ses œuvres devant l’entrée. A l’intérieur, des ouvriers s’affairent sur les derniers préparatifs. L’odeur de peinture fraiche émane encore des murs blancs, une perceuse résonne à l’étage du dessus… L’endroit se veut simple, minimaliste. Oubliées, donc, paillettes et autres fioritures. « L’art, c’est du brut et de la chair. Tout ce qu’il y a autour n’a vraiment aucune importance », affirme Ben, patrouillant dans toutes les pièces.

« La création doit se mettre à l’aise »

Dans ce lieu ouvert au doute, à l’humour et à la création, c’est une ambiance résolument décomplexée qui plane. Au rez-de-chaussée, les œuvres d’artistes niçois sont rassemblées dans des cartons. De l’autre côté de la pièce, c’est un podium et un téléviseur qui ont été installés. « Je souhaite que des types montent sur l’estrade et me critiquent ! Le but, c’est de tout remettre en question. La création doit se mettre à l’aise », affirme le créateur.

C’est pourtant à l’étage que l’exubérance de Ben atteint son paroxysme. Un lit a été mis à disposition de tous les « angoissés de l’art. » « Cet endroit est spécial. N’importe qui peut débarquer, se vautrer sur le matelas et se confier à moi… » Mais avant le grand saut et l’ouverture de ce complexe artistique, il faudra affronter le vernissage. « Je ne veux ni compliments ni champagne, tout ceci est grotesque et me met hors de moi. »

En attendant, Émile, l’imprimeur vient livrer les nombreux cartons d’invitation. Des livres de la collection personnelle de Ben viendront aussi étayer le tout. « Ce sont des bouquins que les gens ne prendraient même pas dans une poubelle ! », s’amuse l’artiste avant de conclure, rigolard : « En fait, je déteste Ben. Mais il faut bien s’occuper encore un peu… »

Alexis LUCCHESI