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Une FFN à remous

« Je ne suis pas arrivé à 30 ans pour me faire chier avec des gens qui n’en valent pas la peine ! », a lancé le 23 mars dernier Frédérick Bousquet à l’encontre de la fédération française de natation.

Natation – La fédération française de natation cumule les altercations avec ses nageurs. Dernière en date, l’affaire Bousquet a beaucoup fait parler d’elle. Mais la FFN n’est pas exempte de tout reproche.

« Si mon entraîneur n’est pas au bord du bassin à Shanghai pour les championnats du monde, je ne vois pas pourquoi j’y serai », a menacé Frédérick Bousquet le 23 mars dernier. En cause : l’absence de Brett Hawke, son entraineur américain, lors des derniers championnats de France de natation (23-27 mars). Une situation que le nageur marseillais ne souhaite pas revivre du 24 au 31 juillet prochain lors les Mondiaux de Shanghai.

La FFN n’autorise que la présence des entraîneurs issus du giron fédéral. « Nous avons des entraîneurs performants qui ont fait leur preuve. Je ne vois pas pourquoi nous dérogerions à cette règle », répond Francis Luyce, le président de la fédération.

Une forme de protectionnisme qui a irrité Frédérick Bousquet au plus haut point. L’extrême appelle l’extrême. Du coup, le champion de France du 50m nage libre a envisagé d’arrêter définitivement la compétition.

La fédération de natation et le sociétaire du CNM sont alors entrés dans un rapport de force. Un conflit ouvert sur la scène médiatique. « Ils devraient régler cela entre eux. Je pense qu’ils s’y prennent à l’envers », lance le champion olympique du 100m nage libre, Alain Bernard.

Un terrain d’entente semble depuis avoir été trouvé.Christian Donzé, le directeur technique national, et le sprinter français se serait mis d’accord sur un compromis : débloquer une enveloppe pour financer le déplacement de Brett Hawke en Chine et lui offrir la possibilité d’être présent dans les gradins.

Manque de modernité ?

A part dans les bassins, le compagnon de Laure Manaudou n’est pourtant pas du genre à faire des vagues. On se souvient qu’il avait affiché profil bas lors de sa suspension en septembre 2010 pour dopage (deux mois de suspension pour avoir été contrôlé positif à l’heptaminol). « Je n’ai aucune circonstance atténuante. Cette sanction, je la mérite. Je connais les règles, c’est une faute inexcusable de ma part », avait alors déclaré le champion français.

Est-ce alors le prix à payer pour s’être à moitié expatrié aux Etats-Unis ? Même s’il reste licencié au Cercle des nageurs de Marseille (CNM), Frédérick Bousquet s’entraîne la majeure partie de l’année outre-Atlantique.

A l’ère de la mondialisation du sport, l’instance de la natation française semble un tantinet vieillotte. Comme nombre de sportifs, les nageurs sont amenés à s’’expatrier pour diverses raisons. Sportives et professionnelles. Et c’est le cas de Frédérick Bousquet. Le poulain de Brett Hawke a rejoint le pays de Mickael Phelps en 2003 pour suivre une partie de ses études à l’université d’Auburn (Alabama).

Tout comme le Niçois Clément Lefert. Le nageur de l’ONN prépare actuellement un Bachelor en finance en Californie. « L’université finance mes études (60 000€ par an, ndlr). C’est donnant-donnant. J’ai donc certaines obligations », précise le médaillé de bronze du relais 4x200 des championnats du monde en petit bassin. Clément Lefert a donc dû tirer un trait sur les derniers championnats de France, les championnats universitaires américains se déroulant la même semaine.

Manque de compréhension ?

Le coéquipier de Yannick Agnel espérait une dérogation. Lettre morte. La FFN est intransigeante. « Nous ne sommes pas à la botte des Américains. C’est embêtant mais Clément connaissait le règlement. Ce choix lui appartient », souligne le DTN Christian Donzé.

Bien que différents, le cas des deux nageurs provençaux illustrent bien la rigidité de la fédération nationale de natation. Et la FFN est coutumière de ce manque de flexibilité.

Elle avait déjà exclu Esther Baron, l’ancienne nageuse du CMN nouvellement retraitée, des championnats d’Europe 2008 d’Eindhoven pour ne pas s’être présentée à un stage de trois jours avec l’équipe de France à Dunkerque. La nageuse avait alors réagi à la décision prise par la FFN de ne pas autoriser la présence de son entraîneur, Philippe Lucas, aux Pays-Bas. Pourtant le coach fan de Johnny Hallyday est de nationalité française.

Le DTN de l’époque, Claude Fauquet, avait alors invoqué une raison administrative. La signature d’une charte avec la fédération à laquelle l’ancien entraîneur de Laure Manaudou ne s’était pas plié. Une semaine plus tard, Philippe Lucas était au bord du bassin hollandais… Sous les couleurs de la Roumanie, visiblement moins pointilleuse que l’instance française.

A chaque altercation avec l’un de ses membres, la FFN invente de nouveaux prétextes. En parallèle, les autres nations font preuve de bien plus de souplesse. Car l’essentiel pas de faire appliquer telle ou telle règle. Il est de favoriser les nageurs français. Les mettre dans les meilleures conditions possibles.

« La relation entraîneur-joueur est très importante. Est-ce que Alain (Bernard, ndlr) aurait été champion olympique du 100m si Denis (Augain, l’entraîneur d’Alain Bernard, ndlr) n’avait pas été à Pékin pour le remobiliser après la déception du relais ? », s’interroge Frédérick Bousquet. Quelle pourrait être la valeur ajoutée d’un entraîneur qui ne le suit toute l’année ?

« Il faut respecter le protocole. Les nageurs doivent faire confiance à ceux que nous avons choisis pour eux : DTN et entraîneurs et respecter les conditions que nous avons établies », surenchérit Christian Donzé. S’il faut respecter le protocole, respectons-le. Mais les nageurs aussi.

Alexandre Ferret